Poésie


Portrait d’une fugueuse

Portrait d'Anna Lê Quang, regard détourné.
Photo Raphaëlle Lorgeril

Couplet

Et le miel et le vin pourrait nous enivrer Fascination, stupeur, nous éloigne du vrai C’est pour ça qu’elle fuit celle-ci : la fugueuse elle fuit la honte, serre contre elle sa joie précieuse

Refrain

Rien de plus effrayant que le vide… La peur de l’obscurité et le vide…

Couplet

Il y a sur son chemin une étoile qui luit son corps est engourdi et il porte avec lui la mémoire de la terre humide et des visages avec ces souvenirs comme seul héritage

Refrain

Rien de plus effrayant que la perte… La peur de l’obscurité et la perte…

Couplet

Entre les paysages labourés à la gouge Elle ne possède rien qu’un sac en toile rouge mais elle sait désormais que chez elle c’est partout La langue des choses cachée murmure un air très doux

Milieu plus libre

Elle aimerait étreindre à nouveau ce qu’elle a perdu avec le temps. Un éclair lui traverse le ventre : un sentiment d’amour, une violente douleur. Elle revient à elle. Une odeur d’orage la pousse à se retourner. Personne ne la prendra par la main, elle le sait. D’ailleurs, elle ne le souhaite pas. (Silence) Elle redoute de se perdre, mais plus encore qu’on lui ravisse sa joie. Elle se sent encore aimée alors qu’elle s’enfonce dans la nuit et la chaleur éternelle de l’été, c’est pourquoi elle affiche encore un sourire discret. Pied nu, sur l’herbe détrempée, rien n’a plus d’importance que le hasard du chemin.

Couplet

Elle ne le dira pas, mais elle a fui l’horreur elle n’a plus voulu museler sa fureur elle se bat à présent contre le sens-unique la langue des choses cachée lui semble magnifique

Refrain

Rien de plus grisant que l’action… Le courage d’y croire et l’action…

Couplet

Sur son chemin, elle voit mûrir le raisin elle se laisse flotter sur l’un des lacs anciens en regardant le ciel, elle se rêve en oiseau La langue des choses cachées flotte dans le ciel très haut

Refrain

Rien de plus grisant que l’amour… Le courage de perdre et l’amour…

Couplet

Mais le désir des corps l’emporte vers la ville vers une vie bruyante, aux abords difficiles vers ce qu’il y a de beau dans la communauté La langue des choses cachée toujours à ses côtés